samedi 20 mai 2017

pour une ombre

ce n’est pas vrai
tout ce qu’ils disent
parfois on peut jeter aux oubliettes
larmes et chagrin

ça
c’est vrai

mais parfois ils vous collent à la peau
deviennent votre ombre de plein soleil
votre double de naufrage

ce n’est pas rien
un double de naufrage

ça flotte quand on se noie
et vice-versa

entre deux eaux sous un plein ciel bleu
gluant
collant
l’ombre refuse les oubliettes
impossible
de s’en défaire

alors vous voilà au corps à corps avec l’ennui
la nuit le jour
impossible de marcher seul

mais marcher
il le faut
car l’ombre pèse de tout son poids
sur l’âme à l’arrêt
et l’étouffe

alors on reprend la marche
jusqu’à la prochaine halte

petit à petit pourtant
certains
s’y font
c’est vrai aussi

deviennent même amis
à la vie à la mort

à la mort
surtout

car l’amour seul
parfois
ne suffit pas
c'est comme ça

mardi 28 février 2017

au loin

je suis au loin

mon âme
est restée dans les verts
et les brumes
dans les hurlements des vents
et les grondements des vagues

je suis née sauvage
là-bas

j’ai dormi
lovée dans la fureur des éléments

j’ai saisi les roches déchirées
pour me taillader les veines
je suis morte cent fois
d’extase
et suis ressuscitée d’une gorgée de Whiskey

ou de quelques-unes

°

je suis rentrée au pays
à moitié seulement
ou peut-être
même pas

je suis loin de tout
loin d’ici et loin de là-bas
loin de toi et loin de moi
le silence est descendu sur mes cheveux
il a ruisselé sur mes épaules a pénétré ma peau
je suis caverne se languissant de la mer
je suis rocher amoureux du coquillage

j’oublie de lire
et de dire

je suis perdue dans les couleurs
dans les sons

tu me manques
les océans sont trop vastes et nombreux
parfois je te cherche encore en même temps que je me cherche
parfois je meurs de ne plus 
te
me
nous
chercher

le romarin
branche sèche après branche sèche
est mort lui aussi
d’avoir trop vécu

les tournesols ont fleuri
de toutes petites fleurs
très
très hautes
comme usées
à chercher trop longtemps
un soleil disparu

c’est peut-être ainsi
- on a gradient to vanishing -
que les âmes et les âmes
vont et viennent

viennent et vont

dans le chatoiement des micas

°
dans l’humus de nos peaux compostées
on se nourrit
on s’abreuve

on porte fruit

cachant en nos cœurs
sous notre peau luisante
et notre chair sucrée

le germe du silence







dimanche 15 novembre 2015

à la nuit noire

la nuit est déjà si noire
et tu n’es pas rentré

amour ton silence porte en lui
ma blessure

je ne cesse
de chercher
ton nom de vivant
parmi les images et les noms
des morts

amour dis-moi quand
comment saurai-je
si avec toi

je suis morte
hier


lundi 9 mars 2015

rendez-vous

mémoire affleurant
à la surface des eaux
flotte flotte
flottant
le corps
périscope endémique 
à l’affût de zèbres 
rassemblés
venus étancher
leur soif
soif assoiffés
à la tombée du jour
les mains 
en coupe 
débordantes
je ne puis 
puis
puiser plus 
d’une douleur à la fois

tigre

blanc

je t’attends





jeudi 26 février 2015

autre quête

il dit
c’est la mort peut-être
qui sur ta tête tes épaules
dresse son chapiteau de marbre

elle dit
c’est ton corps peut-être
qui la cherche la frôle la trouve
et s’endort avant toi

une fois la nuit tombée
qui la relèvera



vendredi 20 février 2015

au sens du temps

j’ai entendu du bruit
cette nuit
alors que je dormais

l’autre en moi s’est levée
et a demandé à l’autre en toi

sais-tu dans quel sens s’écoule le temps

c’était toi cette nuit
sur le bord de ma fenêtre

c’était toi
n’est-ce pas

°

c’était moi
cette nuit
sur le bord de ta fenêtre

je ne sais
dans quel sens s’écoule le temps

je sais
ta voix et tes appels ardents
je sais
le froid et mes bras inutiles
je sais
demain et les mille ans passés
mais je ne sais pas
non
dans quel sens s’écoule le temps

°

si ni toi ni moi
ne savons
dans quel sens s’écoule le temps

dis-moi
comment faisons-nous pour nous retrouver

jour après jour nuit après nuit
dans quelle barque sur quel navire
les autres en nous voguent-ils
à la recherche des uns
à la recherche des autres
en quelle terre méridienne
notre port d’attache se niche-t-il alors

°

ensemble
il y a bien longtemps

nous avons rompu les amarres

si tu l’as oublié
l’autre en toi s’en souvient

nous voyageons
libres désormais
nos mots
pour uniques boussoles

et c’est ainsi
au pli du livre

au centre du temps lui-même
que de ma nuit

je rejoins


ta nuit


au proche au lointain

petit à petit pas après pas
je me suis éloignée
de ta maison
j’ai refusé de prononcer
ton nom

je me suis mise à courir
de plus en plus vite
de plus en plus loin
à travers les villes
et vers les champs

je suis tombée
la fatigue et l’amnésie
m’ont gagnée

j’ai fini par oublier
jusqu’à la sonorité même
de ta voix

je me pensais
en paix
enfin

mais

mon cœur était en guerre
contre lui-même

et ne m’en disait rien

tout ressemblait à un champ de bataille

ou peut-être étais-je

le champ de bataille lui-même

°

au proche au lointain
toi
ô toi

jamais

tu ne t’es détourné de moi

chaque jour
pour chaque pas plus loin de toi
tu prononçais mon nom
une fois encore
un moins pour un plus
pour ne pas m’oublier
ne pas me révoquer
pour garder entre nous
vivant
le lien

subtile

chaque jour
détaillant chaque lettre
détachant chaque son
tu me rappelais

à toi

harmonie des temps anciens
harmonie des temps nouveaux
accords majeurs en clef de lumière

et de ton cœur au mien
sans que je le sache
le lien

vibrait

et ne me disait rien

°

tu disais
un jour tu reviendras
je t’attendrai
je serai là

le temps qu’il faudra
emmène mon amour
il sera ta couverture
emmène ma force
elle sera ton bouclier

libre
que tu es

de les rejeter